Le Monde

« Le restaurateur de mémoire » aurait pu être le titre de ce premier roman, qui impressionne autant par son écriture, calme et précise, que par l’originalité de son sujet. Le narrateur travaille dans un centre de gériatrie, où on lui confie le cas d’un vieil homme atteint de la maladie d’Alzheimer. Il parviendra à réveiller en lui un passé de boxeur. Mais c’est aussi sa propre mémoire que ce fils d’ouvrier d’un chantier naval aujourd’hui désaffecté va retrouver. Un indice après l’autre, trois destins secrètement liés s’y éclairent.

Valérie Marin La Melée, mars 2007

Le Patriote

« J’ai choisi une antinomie entre deux termes, le tambour qui est par définition un objet de résonance, et la pierre qui ne résonne pas, contre laquelle on va frapper en pure perte. On va cogner dessus, il n’y aura pas de résonance, c’est la métaphore de l'oubli, ça signifie l’oubli pour moi. » Christian Astolfi, ancien travailleur à l’Arsenal maritime, essaie de faire surgir ce qui peut encore « s’entendre » de ce décor aphone qu’il a pris comme point de départ de son roman : le chantier naval. il importe peu d’ailleurs que l’on soit à La Ciotat ou La Seyne, les tambours en effet se sont tus. En suivant ce qu’il reste des itinéraires de Robert Zerlini, l’ancien boxeur qui a encaissé pas mal de gongs et achève son parcours dans la maladie d’Alzeihmer avancée ou de l’ancien photographe Paul Lupetti, dont les albums ne peuvent plus montrer que quelques fantômes argentiques de l’amiante qui auront du mal à nous sourire encore face à l’objectif, le narrateur écrit sur la densité de son silence à lui – entre deux enregistrements sonores destinés à recomposer le récit de vie de Bob.
« J’ai repoussé les volets et je suis sorti sur le balconnet. La nuit était encore claire, alors que sur la mer le ciel se chargeait de nuages à venir. Devant moi, les chantiers semblaient plombés à la manière de soldats privés de guerre. » La guerre est finie, si l’on ose dire, les cancers et pathologies des voies respiratoires ou de la vessie témoignent encore des saccades et du martèlement pour l’honneur de la France. Les itinéraires des deux protagonistes se croisent, la photographie du boxeur sur le ring dans les images d’archives, du temps où la santé des deux protagonistes était encore bonne. puis les drames personnels ont accéléré ce que les conditions de travail entretenaient quotidiennement, l’inhalation du labeur et le durcissement des tympans. […]
Un roman sur ce qu’il reste de dignité, nous encourageant à enregistrer son écho, pour ne pas oublier. On comprend l’attitude d’un écrivain, Christian Astolfi, sur laquelle bon nombre devrait méditer : « Aujourd’hui, je ne suis ni dans le besoin d’écrire ni dans le désir d’écrire, je suis au-delà, je me vis écrivant. »

Denis Cholet, 5 octobre 2007