[Catherine Quételard, La Voix du Nord, 12/07/2015]
« Sa vie l’a menée loin d’Armentières et d’Houplines où elle a passé enfance et adolescence. […]
Une petite balle de caoutchouc attachée à un élastique, une raquette de bois et voilà le Jokari, jeu en vogue dans les années 50 qui rythme le récit de Françoise Gourdin-Gérard. La balle rebondit sur le sol en terre battue de la rue A. et M. Mahieu, dans un « faubourg ouvrier » d’Armentières où la famille emménage après avoir vécu à Houplines, rue Curie. On croise la rue des Murets, le terrain vague, le Chemin vert, celui qui la mène à l’école Jean-Jacob d’Houplines. Autour des trois pompes à eau, les voisins se retrouvent. Le père est tisserand le jour, musicien la nuit. On suit le ballet agile des mains de maman sur la machine à coudre. La famille ne roule pas sur l’or. « On était assez heureux » commente Françoise Gérard, mais « la vie matérielle était dure ».
L’école lui ouvre le portes d’un monde inconnu, celui des mots. Comme la petite balle du jokari, elle les imagine rebondissant pour tisser des phrases. « Chez nous, les conversations se limitaient à l’essentiel, c’est à dire aux nécessités matérielles de la vie, comme les repas, les courses, la lessive et le travail de mon père ». […] Paradoxalement son père ne l’a jamais félicitée pour une bonne note et même voyait d’un mauvais œil qu’elle quitte la classe ouvrière à laquelle il appartenait, une fierté.
Françoise quitte Armentières pour Lille où elle devient interne à Faidherbe, en hypokhâgne. Elle enseignera les lettres classiques, bougera à Saint-Quentin, Villeneuve-d’Ascq, Hem, Roubaix et Amiens, aura deux filles, travaillera au ministère de l’écologie, à l’OPAC d’Amiens, à la direction de l’équipement. Elle a toujours écrit. Depuis 1999, elle a trouvé une maison d’édition qui lui convient et s’offre une plongée dans le vécu intérieur singulier de son enfance. Une enfance armentiéroise. D’une plume exigeante et poétique, elle livre des récits courts, profonds et légers à la fois. »